David Bowie "Heroes" (1977)

Deuxième volet de la fameuse "trilogie berlinoise", "Heroes" (oui, avec des guillemets) est en fait le seul à avoir été enregistré à Berlin.
Ce disque fait partie des très grands classiques de Bowie. Globalement bâti comme
Low, une partie "chanson", une autre instrumentale,
"Heroes" présente tout de même quelques différences. La principale est que cette fois, les morceaux chantés présentent des structures moins déstructurées.
A noter qu'aux côtés de Brian Eno, on trouve son grand ami Robert Fripp (King Crimson, est-il utile de le préciser), en très grande forme (quel retour en force) !
L'album débute par cinq morceaux entre rock et new-wave, dont on retiendra le splendide ""Heroes"" (re-popularisé par Moby il y a une dizaine d'années) et le pesant "Sons Of The Silent Age". La voix se fait aussi moins enjôleuse, plus sauvage !
Comme
Low, donc, la deuxième face est (quasi-)instrumentale. Et ces pièces sont toutes aussi hypnotiques, dépouillées et tendues. On note l'utilisation d'instruments supplémentaires, joués par Bowie lui-même (on l'oublie souvent, mais c'est un musicien plus qu'honorable) : le koto, tout d'abord (instrument japonais qui rappelle la harpe) et le saxophone (son jeu torturé sur "Moss Garden" est stupéfiant).
En une petite année, Bowie vient d'asséner à la scène rock en pleine mutation deux perles incontournables qui ne tomberont pas dans l'oreille de sourds !
David Bowie Stage (1978)

A sa sortie, ce disque ne fut pas vraiment bien accueilli... Il faut dire que l'attente était fébrile et que les erreurs furent malheureusement multipliées : difficile de croire que l'on avait affaire à un live authentique, tant le son était propret et le public absent ; de plus, quelle drôle d'idée d'avoir remonter la set-list dans l'ordre chronologique, avec une face entière dédiée aux instrumentaux des deux derniers albums studio !
Heureusement,
Stage a été depuis réédité (en 2006), avec le concert dans son intégrité et son intégralité. Eno et Fripp ne sont pas de la partie, mais à la place, on retrouve entre autres un certain Adrian Belew (eh oui, le binôme de Fripp dans le futur Crimson), ainsi que Roger Powell, le claviériste-sorcier d'Utopia ! Et bien sûr, toujours cette section rythmique infernale qui le suit depuis 1974 ! Le répertoire est axé sur
Station To Station/Low/"Heroes", avec tout de même une longue incursion dans
Ziggy Stardust (un choix curieux et pas forcément pertinent, d'ailleurs). Et il faut reconnaître que les morceaux récents passent très bien l'épreuve de la scène, même les instrumentaux
ambient de Low et "Heroes" ("Warszawa", avec l'ajout du violon électrique, est à mourir) !
A ceux qui sont équipés pour le 5.1,
Stage existe aussi en DVD-A et c'est un must ! Le mix est d'une rare intelligence, faisant un bel usage des enceintes arrières (pas que pour le public, quoi) !
David Bowie Lodger (1979)

Dernière partie de la trilogie et enregistré avec le groupe qui l'accompagnait sur
Stage,
Lodger est souvent précédé d'une très mauvaise réputation... Quelle idée !
Très différent des deux albums précédents, on peut se demander pourquoi il leur est associé... A part la présence de Brian Eno, toujours aux claviers et aux manettes, l'esthétique est tout de même très différente !
Toujours aux aguets, Bowie précède légèrement la mode à venir, et la transcende avec goût. Aucun instrumental, cette fois, que des chansons assez efficaces, mais extrêmement bien arrangées et souvent novatrices : difficile de ne pas penser au
Peter Gabriel post-1980 ou aux
Talking Heads de
Remain In Light en écoutant "African Night Flight" ou "Yassassin (Long Live)" ! On retiendra aussi les soli dévastateurs d'Adrian Belew !
Bref, sous-estimé, mais
a posteriori sans doute essentiel !
David Bowie Scary Monsters (And Super Creeps) (1980)
Scary Monsters (And Super Creeps) est souvent considéré (à tort car il y en aura d'autres) comme le dernier chef-d'oeuvre de David Bowie.
En observant bien le dos de la pochette du disque, on aperçoit les couvertures de
Low et de
"Heroes"... Et en écoutant la musique, on se demande si l'on a n'a pas affaire au véritable troisième chapitre de la trilogie berlinoise.
Eno est parti, mais Robert Fripp est de retour et il n'est pas content !

La moindre de ses interventions est tout simplement phénoménale ! Mais cela ne suffit pas pour faire un bon disque (quoique...), et cette fois encore, on peut dire que Bowie s'est surpassé ! Les classiques se succèdent, c'est infernal : entre les tueries pop-funk que sont "Ashes To Ashes" et "Fashion", les morceaux agressifs ("It's No Game, pt.1", "Scary Monsters (And Super Creeps)", et les fausses ballades, aucun répit ! David Bowie est au sommet de son art ! Quelle façon remarquable d'entamer la nouvelle décennie, que de promesses et de belles choses en perspectives !
Le disque existe en SACD, juste en stéréo, mais magnifique question fidélité ! Il faut en profiter, les SACD ne sont guère réédités et pour une fois, celui-ci n'est pas cher...
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Frank Zappa interviewer: "So Frank, you have long hair. Does that make you a woman?"
FZ: "You have a wooden leg. Does that make you a table?"